Chapitre 2 - Départ
(Un journaliste)
- Je voudrais écrire votre biographie. Votre vie mérite d'être racontée. Je ne crois pas avoir rencontré un jour d'existence aussi pleine que la votre.
… Qu'est-ce qu'une biographie ? Littéralement, c'est le tracé d'une vie, la synthèse d'un parcours projeté sur quelques centaines de pages tout au plus. C'est un résumé de ce qui mérite d'être retenue, de ce qui a marqué, et de ce qui fait l'originalité du sujet.
Mais une biographie c'est surtout en cela un iceberg. Elle ne nous révèle qu'une infime partie de la réalité. …
(Moi)
- C'est très gentil d'avoir pensé à moi. Mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Vous savez ma vie n'a globalement rien d'extraordinaire. Et puis, je n'ai que 34 ans vous comprenez.
… Que deviennent toutes ces secondes, minutes, journées où il ne se passe rien ? Tous ces moments sont silences, et donc passés sous silence. Nous ne pouvons guère que les imaginer dans la ponctuation du récit, dans le texte même à travers les espaces laissés entre chaque mot, dans les sauts de ligne, les alinéas, ou encore les changements de paragraphes… …
(Moi)
- Aimez-vous la musique ?
(Un Journaliste)
- Oui je crois.
(Moi)
- Seriez-vous composer une symphonie ?
(Un journaliste)
- Euh … Je ne comprends pas … vous vous moquez n'est-ce pas ?
… En cela la littérature ne ressemble pas à la musique. Cette dernière laisse toute sa place au silence, elle le respecte en le hissant au même rang que la note. Celui-ci fait partie intégrante du morceau. Les silences et autres pauses prennent une place matérialisée sur la portée. Pour la musique, le silence n'est donc pas anéantissement, mais véritable incarnation. …
(Moi)
- Non, Je ne me moque pas. Mais voyez-vous je crois que la musique rend mieux compte des mouvements de la vie, que des mots jetés sur du papier glacé.
… La plupart du temps nos existences se passent sans bruit, sans douleur ni souffrance, mais sans plaisir non plus. Elles prennent la forme du néant, de l'habitude, du quotidien qui rassure mais endort aussi. Nous dormons bien plus que nous le pensons. Nos rêves représentent ces quelques instants de veille que nous retenons presque au hasard de je ne sais quel mécanisme. Puis ils prennent la forme de souvenirs fossilisés dans les innombrables strates de notre mémoire. …
(Un journaliste)
- A quoi pensez-vous ?
(Moi)
- A rien précisément, à rien. Et c'est bien ça le problème. Mais c'est aussi ça la réalité de nos vies.
… Mon premier choix sera donc un choix de point de vue. Je ne veux plus envisager la vie comme étant la simple mise en évidence, la simple juxtaposition de mots, de phrases, de paragraphes, d'images saccadées et rigides…
Je préfère voir ma vie à la manière d'une symphonie ou les mouvements "forte" ne sont rien sans les "piano", et vis et versa. …
(Un journaliste)
- Mais, on m'avait pourtant dit que …
(Moi)
- Que quoi ? Que je vous laisserais écrire ce que je ne suis pas, ou plutôt ce que je ne souhaite plus être. Savez-vous que je vous épargne ainsi l'écriture d'une illusion.
… Le voyage a commencé. Mais à cet instant personne n'a encore pris conscience que je ne suis déjà presque plus là. Personne sauf peut-être ce premier témoin malheureux qui a tenté sans succès de me faire descendre du bateau dans lequel je venais juste d'embarquer. …
(Moi)
- Et bien au revoir maintenant. Il faut que je vous quitte. Ne m'en veuillez pas surtout. Un jour vous comprendrez, en tout cas je l'espère.
Ce premier acte de rapprochement avec la réalité de mon être me remplit d'une joie incommensurable. Il me fit l'impression de redevenir cet enfant qui apprend à marcher et fait son premier pas. Je ne peux à cet instant plus reculer. Et si ce jeune homme croit en ce qu'il fait, il va se répéter la scène, puis la relater à d'autres, et à d'autres encore. Ainsi, croyant sans doute me faire du tord, il plaidera sans doute, et sans s'en rendre compte, ma cause. Il m'aidera à poursuivre les efforts que j'entreprends, ceux qui m'aideront à regagner cette berge que je n'aurai jamais du quitter.
- Je voudrais écrire votre biographie. Votre vie mérite d'être racontée. Je ne crois pas avoir rencontré un jour d'existence aussi pleine que la votre.
… Qu'est-ce qu'une biographie ? Littéralement, c'est le tracé d'une vie, la synthèse d'un parcours projeté sur quelques centaines de pages tout au plus. C'est un résumé de ce qui mérite d'être retenue, de ce qui a marqué, et de ce qui fait l'originalité du sujet.
Mais une biographie c'est surtout en cela un iceberg. Elle ne nous révèle qu'une infime partie de la réalité. …
(Moi)
- C'est très gentil d'avoir pensé à moi. Mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Vous savez ma vie n'a globalement rien d'extraordinaire. Et puis, je n'ai que 34 ans vous comprenez.
… Que deviennent toutes ces secondes, minutes, journées où il ne se passe rien ? Tous ces moments sont silences, et donc passés sous silence. Nous ne pouvons guère que les imaginer dans la ponctuation du récit, dans le texte même à travers les espaces laissés entre chaque mot, dans les sauts de ligne, les alinéas, ou encore les changements de paragraphes… …
(Moi)
- Aimez-vous la musique ?
(Un Journaliste)
- Oui je crois.
(Moi)
- Seriez-vous composer une symphonie ?
(Un journaliste)
- Euh … Je ne comprends pas … vous vous moquez n'est-ce pas ?
… En cela la littérature ne ressemble pas à la musique. Cette dernière laisse toute sa place au silence, elle le respecte en le hissant au même rang que la note. Celui-ci fait partie intégrante du morceau. Les silences et autres pauses prennent une place matérialisée sur la portée. Pour la musique, le silence n'est donc pas anéantissement, mais véritable incarnation. …
(Moi)
- Non, Je ne me moque pas. Mais voyez-vous je crois que la musique rend mieux compte des mouvements de la vie, que des mots jetés sur du papier glacé.
… La plupart du temps nos existences se passent sans bruit, sans douleur ni souffrance, mais sans plaisir non plus. Elles prennent la forme du néant, de l'habitude, du quotidien qui rassure mais endort aussi. Nous dormons bien plus que nous le pensons. Nos rêves représentent ces quelques instants de veille que nous retenons presque au hasard de je ne sais quel mécanisme. Puis ils prennent la forme de souvenirs fossilisés dans les innombrables strates de notre mémoire. …
(Un journaliste)
- A quoi pensez-vous ?
(Moi)
- A rien précisément, à rien. Et c'est bien ça le problème. Mais c'est aussi ça la réalité de nos vies.
… Mon premier choix sera donc un choix de point de vue. Je ne veux plus envisager la vie comme étant la simple mise en évidence, la simple juxtaposition de mots, de phrases, de paragraphes, d'images saccadées et rigides…
Je préfère voir ma vie à la manière d'une symphonie ou les mouvements "forte" ne sont rien sans les "piano", et vis et versa. …
(Un journaliste)
- Mais, on m'avait pourtant dit que …
(Moi)
- Que quoi ? Que je vous laisserais écrire ce que je ne suis pas, ou plutôt ce que je ne souhaite plus être. Savez-vous que je vous épargne ainsi l'écriture d'une illusion.
… Le voyage a commencé. Mais à cet instant personne n'a encore pris conscience que je ne suis déjà presque plus là. Personne sauf peut-être ce premier témoin malheureux qui a tenté sans succès de me faire descendre du bateau dans lequel je venais juste d'embarquer. …
(Moi)
- Et bien au revoir maintenant. Il faut que je vous quitte. Ne m'en veuillez pas surtout. Un jour vous comprendrez, en tout cas je l'espère.
Ce premier acte de rapprochement avec la réalité de mon être me remplit d'une joie incommensurable. Il me fit l'impression de redevenir cet enfant qui apprend à marcher et fait son premier pas. Je ne peux à cet instant plus reculer. Et si ce jeune homme croit en ce qu'il fait, il va se répéter la scène, puis la relater à d'autres, et à d'autres encore. Ainsi, croyant sans doute me faire du tord, il plaidera sans doute, et sans s'en rendre compte, ma cause. Il m'aidera à poursuivre les efforts que j'entreprends, ceux qui m'aideront à regagner cette berge que je n'aurai jamais du quitter.

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